Pour sa première exposition consacrée à un fonds de
dessins anciens, le musée des Beaux-Arts de Caen a choisi
Fragonard et la prestigieuse collection du musée des
Beaux-Arts de Besançon. Celle-ci est dûe à Pierre-Adrien
Pâris (1745-1819) qui légua à sa ville natale ses collections
dont cet ensemble unique de dessins de Fragonard, réputé
notamment pour l’admirable série des sanguines décrivant
les jardins de la villa d’Este aux environs de Rome (en été
1760). Cette collection a été présentée au musée des Beaux-Arts de Besançon en 2006, et à cette occasion, Pierre
Rosenberg, de l’Académie Française, éminent spécialiste de
l'artiste, en a rédigé le catalogue, aboutissement d’un travail
scientifique très poussé, somme d’études et de recherches
sur chacune des œuvres. Il accompagne naturellement
l'exposition de Caen.
Variété des sujets traités, large éventail des techniques, du tout petit croquis à la scène composée
et achevée, caractérisent l'ensemble des feuilles présentées. Une partie des dessins de la
collection a été réalisée lors des deux voyages en Italie.
Au cours de ces périples, Fragonard dessine, croque, saisit sur le vif ce qu’il a sous les yeux :
personnages, portraits, scènes de rue, ruines antiques, paysages de la campagne romaine,
utilisant plusieurs moyens graphiques, pierre noire, sanguine, plume ou lavis. Parmi sa production
foisonnante, souriante, mais plus sérieuse et plus grave qu’il n’y paraît, Fragonard donne
naissance à des chefs-d’oeuvre dont la célèbre série des « sanguines de la Villa d’Este » à Tivoli,
authentique joyau qui passe à juste titre pour l’une des plus éblouissantes réussites de l’art du
dessin au XVIIIe siècle.
La présentation de l'exposition suit la
chronologie, ce qui permet d’apprécier
l’évolution de l’art de l’artiste dans le
domaine du dessin :
- évolution des procédés de composition,
des procédés graphiques qui s’assouplissent
avec le temps,
- évolution dans le choix des techniques
(au début prééminence des techniques
sèches, sanguine en particulier, plus tard,
les techniques humides, plume et lavis,
dominent).
Différents types de dessins et de sujets sont présents : copies d’après les maîtres, croquis très
rapides, dessins composés, achevés, contre-épreuves retravaillées ; paysages, portraits, scènes
de genre, sujets plus ou moins érotiques, et même une scène de bataille. Des séries (les sanguines
de la Villa d’Este, les figures féminines, les copies d’après les maîtres…) et des pièces isolées.
Au cœur de l'exposition, le spectateur est confronté à une présentation inédite et profondément
originale : la restitution du cabinet que Pierre-Adrien Pâris s'était aménagé pendant sa retraite
normande, après la Révolution. Cette présentation met en situation une peinture de Fragonard, Le
Triomphe de Vénus, utilisée par le collectionneur comme un décor de plafond.
"La gloire actuelle de Fragonard repose autant sur ses dessins que sur ses tableaux.
On notera l'extraordinaire variété des techniques des dessins de l'artiste - crayons de
sanguine, craies, pierres noires, lavis de bistre - comme de leurs sujets - paysages,
portraits, scènes de genre plus ou moins lestes, copies d'après les maîtres… On sera
séduit par leur virtuosité et leur élégance, leur charme et leur spontanéité, ce
sentiment de bonheur, ce plaisir des yeux qu'elles donnent à ceux qui les
contemplent.
Reprenons à notre compte l'exclamation de ses contemporains : « Jean-Honoré
Fragonard, Gens, honorez Fragonard » !
Pierre Rosenberg
de l'Académie française
Président-directeur honoraire du musée du Louvre
Biographie Jean-Honoré Fragonard (1732 - 1806)
Cette biographie succincte présente essentiellement les événements de la vie de Fragonard qui ont
une relation avec les oeuvres présentées.
1732 Naissance de Jean-Honoré Fragonard à Grasse.
1748 - 1752 Apprentissage auprès des peintres Chardin, puis Boucher.
1756 Arrivée à Rome à l'Académie de France.
1760 Rencontre avec l'abbé de Saint-Non en compagnie de qui
Fragonard dessine à la villa d'Este.
1761 Après Naples, c'est le retour en France en passant par Bologne,
Ferrare…
1765 Avec « Corésus et Callirohé », présenté comme morceau
d'agrément puis exposé au Salon, il obtient un atelier et un
logement au Louvre.
1769 Mariage avec Marie-Anne Gérard, miniaturiste, en juin.
Naissance de leur fille Rosalie en décembre.
1770 Commande par mademoiselle Guimard du décor du salon de son
hà´tel rue d'Antin, construit par Ledoux.
1773 - 1774 Second voyage en Italie avec le financier Bergeret de Grancourt,
contacts avec Adrien Pâris.
1775 Marguerite Gérard, sa belle soeur, s'installe chez eux et devient
son élève et sa collaboratrice.
1780 Naissance d'Alexandre-Evariste, son fils, qui deviendra lui même
peintre.
1788 Décès de Rosalie.
1793 - 1794 Fragonard est membre de la commune des arts. Ouverture du
muséum au Louvre, il devient alors membre du conservatoire
chargé d'administrer le nouveau musée.
1805 Tous les artistes doivent quitter le Louvre ; Fragonard s'installe
dans l'actuel Palais-Royal.
1806 Mort de l'artiste. |

La Grande Cascade de Tivoli

Etude de branchage d'un arbre

Tête de jeune fille avec bonnet

Le lit aux amours
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